La marche du monde en ce moment est cahotée. Et les informations ne rassurent pas. A ceux qui se tournent vers nous et cherchent des réponses aux interrogations anxieuses du moment, que dire ??? Tout simplement que nous n’avons et ne pourrons jamais avoir réponse à tout. Et si nous en donnons une, il est possible qu’elle ne soit pas complètement ajustée à la nature des situations. Les mécanismes de cet état des choses sont tellement obscurs qu’il est hasardeux de chercher à les identifier. Mais des constats s’imposent ainsi que des leçons à tirer du chaos présent.
L’avarice et la cupidité, passions et désirs désordonnées et excessifs de posséder et d'accumuler au delà du nécessaire des richesses ou d'argent, gangrènent nos sociétés et favorisent les inégalités et discriminations. Il nous faut à nouveaux frais relire le récit de l’histoire de Lazare et du riche dans la Bible.(Luc 16, 19-31) Il n’est pas mauvais d’être riche. Tout au contraire. Dans la logique biblique, les richesses sont des signes de la prodigalité de Dieu. C’est l’indifférence jusqu’à la cruauté qui pose un problème à la conscience humaine. Deux logiques s’affrontent aujourd’hui. Celle de ceux qui n’ont pour seule boussole et horizon que leur « moi » et leur « à moi » et celle de ceux qui se reçoivent de Dieu et s’inscrivent dans la logique du don. La première sépare ceux qui sont dignes de s’assoir à table et ceux qui restent au portail. A vue humaine, elle sépare jusqu’à l’indifférence les pauvres et les riches. L’autre logique rassemble autour de la table tous les hommes.
Notre attention est attirée sur les dangers de l’égoïsme qui ferme à toute empathie, rend insensible au malheur des autres et suscite un désintérêt pour leur sort. Cette page d’Evangile nous invite à nous intéresser au prochain. La vraie richesse réside dans l’ouverture aux autres. On est riche des autres. On est riche de ce qu’on partage et non de ce qu’on conserve jalousement pour soi au point de ne plus voir les autres ni leurs joies et encore moins leurs misères. Le Dieu Père de Jésus-Christ, sera toujours assis aux tables qui acceptent les riches et les « Lazare » du monde. Difficilement prendra -t’il place autour de celles qui trient les convives pour en exclure quelques-uns. L’abime qui sépare ceux qui sont avec Abraham de ceux qui en sont loin n’est pas du fait de Dieu. Il réside dans notre refus de nous ajuster à sa Parole et à ses commandements. Il réside dans notre refus d’intégrer la communauté fraternelle dans laquelle Lazare et ce riche sont frères et partagent la même table.
L’anomie, état de désagrégation sociale caractérisé par l'érosion des normes qui régulent les comportements individuels et garantissent la cohésion sociale, est une conséquence du délitement moral décrié. Elle rend obscure les certitudes et incertaines les projections à court ou long terme. Notre monde a besoin de lumière. Et la seule que nous pouvons proposer c’est celle du Christ. Par bien de côtés, nous sommes ce peuple qui marche dans le désert et qui habite un pays d’ombre et de mort. (Isaïe 9, 1) Comme ce peuple, nous espérons la Lumière, la véritable. Nous avons besoin que resplendisse à nouveau la grande lumière de Dieu sur notre humanité pour démasquer l’avarice-cupidité qui couvre le monde des ténèbres et pour faire reculer l’anomie qui désagrège nos communautés et sociétés. Nous
fonçons dans le mur et tout le monde s’accroche à sa ceinture de sécurité et s’efforce d’être à l’arrière du véhicule pour être le moins impacté par ce qui se profile à l’horizon.
Aujourd’hui comme jadis, notre monde a besoin d’hommes et de femmes qui lui portent la lumière de Dieu et annoncent un évangile d’amour, de paix, de joie et de sereine prospérité. Le Christ a besoin de notre réponse favorable à son appel pour semer à nouveau l’espérance qui ne déçoit pas. (Rm.5, 5) La lumière de Dieu entrera jusqu’au plus profond de nos ténèbres extérieurs et intérieurs quand, à l’écoute de sa Parole et éclairés par elle, nous identifieront toutes ces choses et situations qui assombrissent nos sociétés et notre monde et qu’avec son aide, résolument nous sèmeront les graines de l’amour et de la paix véritable.
F-Xavier A.