Jésus, rejeton rejeté

NoelCHRONIQUE de Famille Chrétienne | En toute bonne foi | 03/12/2018 | Numéro 2134 | Par Juliette Levivier

On imagine aisément avec quel soin, quel amour, quel respect Marie prépara le trousseau de Jésus, et Joseph son berceau. Mais la Providence, dans sa sagesse (qui nous échappe parfois un peu), en décida autrement. Celui qui devait être accueilli dans la douceur d’un foyer paisible de Galilée vit le jour dans une étable obscure de Judée. En lieu et place du joli berceau, resté vide à Nazareth, une mangeoire (Lc 2, 6-7) !

Difficile de croire qu’en Orient, où l’hospitalité est un devoir sacré, on ait refusé d’accueillir une jeune femme sur le point d’accoucher.

A-t-on réellement éconduit Marie et Joseph, ou les a-t-on installés dans un endroit sommaire, mais discret, pour leur offrir la tranquillité que requérait la naissance imminente ? Quoi qu’il en soit, ce « manque de place » aux accents prophétiques a également marqué l’évangéliste Jean, dont le Prologue fait écho à l’Évangile de Luc : « Il est venu chez Lui, et les siens ne L’ont pas accueilli » (Jn 1, 11).

« Il n'y avait pas de place pour eux dans la salle commune »

Adoration des bergers Sylvain RiandetJésus, en effet, est « chez Lui » à Bethléem, la ville de David, puisque par Joseph Il est de la lignée du grand roi, mais « les siens » ne Le reconnaissent pas comme l’un des leurs. Isaïe, pourtant, les avait prévenus : « Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines » (Is 11, 1). Pas de place dans la famille pour le rejeton dernier-né, donc, ni dans la salle commune avec le reste de l’humanité, ni même dans la ville de ses ancêtres. Rapporté à la culture de l’époque, cela est tout bonnement ahurissant : quel affront cuisant, pour Joseph... Ce premier rejet sera suivi de beaucoup d’autres. Né « hors de la porte de la ville » de Bethléem, Il sera crucifié « hors de la porte » de Jérusalem (He 13, 12) .
Quelle place pour Jésus dans notre monde matérialiste, individualiste et consumériste ? Quelle place pour un Sauveur dans le cœur d’une humanité qui ne se reconnaît pas pécheresse, et prétend se sauver toute seule ? L’auberge de l’humanité est pleine ! Pleine d’elle-même, de ses délires, de ses illusions et de ses caprices. Jésus dérange, ses disciples dérangent, son Église dérange.

Cette année encore, à Noël, Jésus sera refusé dans bien des foyers. On fera la fête, on échangera des cadeaux, mais on ne L’invitera pas – par indifférence, ignorance, hostilité parfois. Noël sans Jésus, un comble, non ?

À Noël, Jésus nous demande l’hospitalité

À nous aussi, Il demandera l’hospitalité. Discrètement, comme toujours, et avec le souci de nous laisser entièrement libres : Il ne s’imposera pas plus dans nos vies qu’Il ne s’est imposé dans celle des habitants de Bethléem. « Les siens », aujourd’hui, c’est nous, l’Église, le peuple des baptisés. Ses frères, ses sœurs, c’est nous ! Non en vertu d’une quelconque lignée humaine, mais par la foi, par la filiation divine qui fait de nous les enfants d’un même Père.

Comment allons-nous L’accueillir, ce Frère que tant d’hommes rejettent et qui frappe à notre porte ? S’il n’y a pas beaucoup de place pour Lui dans l’auberge du monde, il devrait y en avoir suffisamment dans l’étable de notre cœur. C’est petit, pas très propre, plein de courants d’air et de toiles d’araignées... Faisons le ménage dans l’écurie, mettons de la paille fraîche dans la mangeoire, préparons-nous, le rejeton de Jessé vient habiter chez nous. Et nous, nous Le porterons à ce monde qui L’ignore.

Juliette Levivier