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JESUS N’EST PAS LAZARE.

Petits dialogues de confinement au jour le jour. (Le frère Alain Quilici répond, de manière très simple et sous la forme d’un dialogue entre Theodule et le P. Anselme, à des questions que beaucoup se posent en ce moment !).

 Chronique du P. Anselme


Théodule : Cher Père Anselme, en ces jours du temps pascal, je repensais à Lazare. Jésus l’a ressuscité d’entre les morts. C’est donc lui le premier ressuscité, avant Jésus.
P. Anselme : Attention, on utilise à tort le même mot pour dire deux choses différentes. Autre Lazare revenant à la vie, autre Jésus vainqueur de la mort.
Théodule : Expliquez-moi la différence.
P. Anselme : Lorsque Lazare fut sorti du tombeau, il reprit ses habitudes. Il rentra à la maison, à Béthanie où il habitait avec ses sœurs. Il ne s’est pas caché. Il a reçu de très nombreuses visites. Tout le monde voulait le voir, lui serrer la main. En un mot, constater qu’il était bien vivant. Ils l’avaient vu mort sur son lit de mort. Ils l’avaient, peut-être eux-mêmes enveloppé du linceul et du suaire. Ils l’avaient accompagné au cimetière et ils avaient vu rouler la pierre. Maintenant, ils le retrouvaient bien vivant. Ils le retrouvaient comme il était avant, avec les mêmes gestes et le même sourire si sympathique. Pour ses amis et ses parents, il n’y avait pas de doute, Lazare était bel et bien revenu à la vie. Mais rien ne disait qu’il ne mourrait pas une nouvelle fois, un jour, plus tard, quand il serait devenu vieux.
Théodule : Mais n’est-ce pas également ce qu’a fait Jésus ? Il s’est montré à ses amis, il a parlé avec eux, et il est même allé les retrouver au bord du lac, un jour de pêche.
P. Anselme : Ce qui est certain et qu’il faut bien se rappeler, c’est que personne n’a douté que Jésus fut bien mort. Sans aucun doute possible on l’avait vu mort. On l’avait descendu de la croix d’infamie. On l’avait déposé dans ce tombeau qu’un ami mettait à la disposition de la famille. Mais quand il fut revenu à la vie, on ne l’a plus revu. Il n’a pas attiré les foules comme Lazare. Il n’est pas rentré chez lui à Capharnaüm, dans la maison de Simon-Pierre. Il ne s’est pas prêté à des embrassades, des félicitations, des serrements de mains. On ne l’a plus vu se promener sur l’esplanade du Temple, ni dans les rues de Jérusalem.
Théodule : On l’a tout de même bien vu et entendu. Les saintes femmesl’attestent, et elles courent le raconter aux hommes.
P. Anselme : oui, et souviens- toi. A peine s’est-il montré à quelques intimes. Et ceux à qui il se montra n’en crurent pas leurs yeux. Ils doutèrent que ce fût bien lui. Ils n’osèrent pas lui parler. Il est vrai que
des femmes l’avait vu. Mais on n’en croyait pas un mot. On attendait des preuves. Chacun voulait voir de ses yeux, toucher de ses mains, constater sans intermédiaire que c’était bien lui.
Théodule : C’est bien ce que demandait l’Apôtre Thomas ! Et Jésus a satisfait sa demande.
P. Anselme ; Tu as raison, mais note que ce que Jésus a fait pourThomas, il ne l’a plus jamais refait. Ce fut une fois pour toutes.
Théodule : Et pour quoi ? Pourquoi une seule fois ? Et pourquoi lui et pas moi qui voudrais bien voir Jésus ressuscité ?
P. Anselme : Thomas, comme apôtre est témoin par excellence. Jésus en lui apparaissant ressuscité en fait son témoin majeur. Notre foi repose sur sa parole.
Théodule : Et s’il nous a trompé ?
P. Anselme : Là est la question. Est-ce un témoin fiable ? Si c’est un faux témoin, nous sommes tous embarqués sur une mauvaise piste. C’est la force de l’Esprit-Saint qui fait de Thomas un vrai témoin, et qui fait de nous de vrais croyants.
Théodule : Tout de même j’aimerais bien être à la place de Thomas !
P. Anselme : N’as-tu pas l’impression que ta demande est bien égoïste ? En quoi la satisfaction de ta demande résoudrait-elle le problème ? Qu’importe à ton voisin ce que tu as vécu, s’il ne l’a pas vécu lui-même. On entre dans un cercle vicieux. Il faudrait que chacun voie personnellement Jésus pour croire.
Théodule : Nous devons donc croire sur parole ?
P. Anselme : Exactement. Croire Jésus sur parole, croire les apôtres sur parole, croire ceux qui ont une expérience spirituelle sur parole. En un mot croire l’Eglise sur parole.
Théodule : Pour en revenir à Lazare, quelle différence entre son retour à la vie et celui de Jésus ?
P. Anselme : Lazare, par une exceptionnelle grâce divine et à la stupeur générale, a retrouvé son âme que la mort lui avait ôtée. Son retour à la vie n’est pas une pâque, c’est un sursis. Il n’est pas passé. Il a simplement trépassé. Un simple retour et aller.
Théodule : Et Jésus ?
P. Anselme : Jésus, quant à lui, est entré dans la gloire de la Résurrection. Il n’est pas revenu à sa vie antérieure. Il est définitivement passé de la mort à la gloire de Dieu. Il a rendu sa vie humaine à sa vraie vocation : partager la gloire de Dieu, car elle a été créé à l’image de Dieu.
Théodule : Le corps de Lazare et celui de Jésus ne sont pas les mêmes.
P. Anselme : pour tous les deux, ils retrouvent leur vrai corps, celui qu’ils avaient de leur vivant. Mais le corps de Jésus ressuscité n’est pas un corps réanimé. Son corps est certes le même, dans la force de l’âge, encore marqué par les coups qu’il a reçus. C’est bien lui. « C’est moi » devra-t-il dire pour qu’on accepte de le reconnaître. Mais désormais il échappe à la perception des sens. Il est passé de ce monde à la gloire du Père. C’est ce qu’on appelle un corps glorieux.
Théodule : C’est difficile à comprendre. Vous n’auriez pas une image ?
P. Anselme : Aucune image ne peut rendre parfaitement ce qui reste de l’ordre du secret de Dieu. En voici une pourtant, bien imparfaite : Autre un bois mort qui refleurit, autre une bûche devenue braise. Il arrive qu’un bout de bois qui semble mort, si on le fiche en terre, refleurisse. Il revient à sa vie antérieure. Mais une braise est un autre état, insaisissable, incandescent, irréversible.
Théodule : Et ceux à qui il est apparu, qu’ont-ils vus ?
P. Anselme : Ils n’ont pas été dispensés de croire. C’est ce que Jésus dit à Thomas : ne sois pas incrédule, mais croyant. Désormais ne verront Jésus que ceux à qui il voudra bien se montrer. Ce sera Marie-Madeleine, elle qui a un cœur qui voit ce que d’autres ne voient pas. Ce seront les Douze, à qui est réservée la mission spécifique d’attester qu’il est vraiment ressuscité et entré dans la gloire du Père. Ce sera plus tard saint Paul, par un choix tout spécial de la volonté divine.
Théodule : Et les cinq cents frères dont parle saint Paul ?
P. Anselme : Quant aux cinq cents frères qui l’ont vu, ils n’en ont rien dit. Voir le Christ ressuscité ne relève pas de l’anecdote. Ça ne se raconte pas. D’ailleurs c’est inracontable, indescriptible. C’est un acte de foi. C’est pour quoi Thomas ne peut dire qu’une chose : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Il proclame sa foi et son émerveillement. Il n’a rien d’autre à dire. Ou plutôt, il a dit la seule chose possible. Il a dit sa foi.
Théodule : Et nous ?
P. Anselme : Nous, nous sommes comme les disciples d’Emmaüs : « Nos yeux sont empêchés de le voir ! » Nous devons croire. Mais je te rappelle que cette foi vient de Dieu. C’est lui qui nous donné la foi.
Théodule : Et quand ?
P. Anselme : Au jour de notre baptême. Il vous fait don de la foi théologale. Désormais nous voyons les choses comme Dieu les voit. Il faudrait relire tout ce que dit saint Paul. Nous le ferons une autre fois.

                                                    frère Alain Quilici, o. p.
                                                    Province Dominicaine de Toulouse
                                                    https://www.dominicains.com/reflexions-en-temps-de-pandemie/

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