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VIVRE LES APPELS DU CARÊME

Regime et meditationConférence de carême
Secteur pastoral des 4 Rives – Mercredi 4 mars 2020

 

Nous sommes dans une société où l’on prend de plus en plus soin de son corps et de son esprit. On vous propose des régimes amaigrissants, des check-up pour faire votre bilan de santé, des sessions de remise en forme, des stages d’initiation à la méditation de pleine conscience. Ce que l’on fait pour son corps et son esprit, pourquoi ne le ferait-on pas pour son âme, pour sa vie spirituelle ? Un psychanalyste chrétien, Jean-Guilhem XERRI, a récemment publié un livre intitulé : « Prenez soin de votre âme. Petit traité d’écologie intérieure ». C’est pour répondre à ce besoin que l’Église nous propose le temps du Carême.

 

D’où vient le Carême ?

 

Ce temps du Carême, vous le savez, est une préparation à la fête de Pâques, où nous fêtons la mort et la résurrection du Christ. Nous sommes au cœur de la foi chrétienne et on comprend que cette célébration de la mort et de la résurrection du Seigneur soit également au cœur de la liturgie chrétienne. Pâques est la fête des fêtes et la semaine qui la précède est véritablement une Semaine sainte.

desert croixTrès tôt, s’est posée la question d’une préparation à cette fête par plusieurs journées de jeûne. Ce jeûne s’est progressivement étendu jusqu’à se fixer, au 4ème siècle,  à Rome, à une période de quarante jours. Le chiffre de 40 n’a pas été fixé au hasard. Il évoque les 40 ans passés au désert par le peuple hébreu entre sa sortie d’Égypte et son entrée dans la terre promise, les 40 jours passés sur la montagne par Moïse, au moment où Dieu lui donne les tables de la Loi (Ex 24, 18), les 40 jours de voyage du prophète Élie en marche vers l’Horeb (1 Rg 19, 8), et enfin surtout les 40 jours passés par Jésus dans le désert, lorsqu’il affronte le Tentateur. Comme le Dimanche n’était pas considéré comme un jour jeûné, on a rajouté 6 jours pour arriver à 40 jours jeûnés, d’où le début du Carême le Mercredi des Cendres (46 jours avant Pâques).

N’oublions pas que dans les premiers siècles, les baptêmes, surtout baptêmes d’adultes, étaient célébrés à Pâques et quand le catéchuménat s’est mis en place, on a proposé aux catéchumènes de se préparer au baptême pendant cette période de 40 jours : temps de jeûne mais aussi temps de préparation spirituelle et de conversion (d’ailleurs au jeûne étaient traditionnellement liées la prière et l’écoute de la Parole de Dieu). De plus, pour les pécheurs publics, un temps de pénitence leur était proposé qui s’achevait avec une réintégration plénière dans la communauté chrétienne, en particulier à Rome le Jeudi Saint où on fêtait la Cène du Seigneur. Je signale à ce propos que l’on chantait  qu’en signe de pénitence, on se couvrait  sa tête de cendres,.Et, en Rhénanie d’abord, puis à Rome, on décida de donner à cette démarche une traduction concrète et ainsi se popularisa le Mercredi Saint l’imposition des cendres à tous.

Cette proposition faite aux catéchumènes et aux pénitents allait être étendue à l’ensemble des baptisés, avec cette conviction profonde qu’il y avait un enjeu spirituel à ce que tous se préparent intérieurement et ecclésialement à cette grande fête de Pâques. En effet, lors de la messe de Pâques, il nous est proposé de renouveler notre profession de foi baptismale, dans laquelle nous exprimons à Dieu que nous croyons en Lui et que nous voulons vivre pleinement notre vie baptismale. Nous affirmons alors que nous voulons suivre le Seigneur et mettre en œuvre sa parole qui nous dit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée et ton prochain comme toi-même » (Lc 10, 27). Et donc, pour pouvoir confesser en toute vérité notre engagement à suivre le Christ et à vivre de sa vie, il nous est proposé ce temps du Carême, ces 40 jours d’entrainement spirituel, où on s’examine, où on fait le point, où on voit ce qui, dans notre vie, a besoin d’être converti, évangélisé, approfondi. Comme pour les voitures, notre vie spirituelle a besoin d’une révision de moteur. Qu’en est-il de notre vie filiale ? Qu’en est-il de notre vie fraternelle ? Comment vivre plus intensément encore notre vie chrétienne ? Voilà autant d’interrogations ou d’appels qui seront au cœur de la démarche du Carême.

  • Le Carême comme voyage spirituel

 

J’emprunte cette expression à un auteur orthodoxe, Alexandre SCHMEMANN, qui affirme : « Le Carême est un voyage spirituel et sa destination est Pâques » (Le Grand Carême).

Ce voyage nous fait passer par le désert. C’est une image que nous trouvons dans la Bible et qui va être utilisée pour parler du temps du Carême. Ne nous imaginons pas le désert selon des images de cartes postales avec palmiers, chameaux et sable chaud. Les lieux désertiques, que nous trouvons dans la presqu’île du Sinaï ou au sud de Jérusalem, sont des lieux arides, propices à la solitude et à la confrontation avec soi-même.

Mais, dans la Bible, le désert n’est pas qu’une indication géographique. Il a une dimension symbolique. De plus, cette signification du désert dans la tradition d’Israël est ambivalente. Le temps du désert est tout à la fois celui de l’intimité avec Dieu et celui de la tentation.

  1. Le désert est ce temps où le peuple d’Israël va rencontrer son Dieu. C’est le temps des fiançailles, du don de l’Alliance, de l’intimité avec le Seigneur. A Pharaon qui veut retenir le peuple hébreu sur la terre d’Égypte, Moïse dira : « Ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : ‘ Renvoie mon peuple pour qu’il me fête au désert’» (Ex 5, 1). C’est la fête du don de la Loi et de l’Alliance. C’est le voyage de noce de Dieu avec son peuple, ce temps d’intimité dont les prophètes auront la nostalgie. Bien des années plus tard,  au peuple qui se conduit comme une épouse infidèle, Dieu rappellera ce temps des épousailles et voudra renouveler son alliance : « C’est pourquoi je vais la séduire ; je l’emmènerai au désert » (Osée 2, 16).C’est au désert que Jésus se remet pleinement devant son Père et entre avec toute son humanité dans son intimité. Nous le voyons d’ailleurs souvent quitter les foules et même ses disciples pour aller dans des endroits déserts et prier le Père dans le secret, ce Père dont il ne cesse de recevoir sa vie et sa mission. Au cours de l’histoire, des hommes et des femmes se sont retirés du monde, sont partis au désert pour se donner totalement à Dieu. La particularité du Carême, c’est qu’il ne nous invite pas à de lointains déplacements, mais qu’il nous offre de vivre le désert au cœur même de notre vie la plus quotidienne : « Toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (Mt 6, 6). Vivre le temps du Carême, c’est vivre plus intensément un temps d’amitié avec Dieu, un temps d’intimité avec lui. Jésus nous invite à venir au désert avec lui. Il nous fait entrer dans sa prière, son intimité, son accueil du Père. Car, à travers le Carême, c’est le Père qui fixe un rendez-vous à son peuple, à chacun d’entre nous. Il veut nous redire combien il nous aime, combien notre vie est précieuse à ses yeux, combien il nous appelle à accueillir son Esprit et à nous laisser transformer par lui. Oui, Dieu vient à notre rencontre. Il nous attend.

Le Carême est moins un lieu où il faudrait se rendre qu’un temps où nous nous laissons rejoindre par le Seigneur. Pendant ce Carême, il s’agit moins de faire des choses pour Dieu que de laisser Dieu faire son œuvre en nous. On réalise ainsi que le Carême est très différent de toutes les techniques de remise en forme et de bien-être. Dans ces techniques, c’est nous qui tenons les manettes, c’est nous qui décidons de prendre soin de nous-mêmes, de faire un régime, du jogging, du sport, du yoga, des exercices de méditation ou de concentration. C’est l’homme qui par ses choix et ses décisions se sculpte lui-même. Or, dans l’expérience chrétienne, ce n’est pas nous qui décidons et agissons tout seuls, c’est le Seigneur qui nous convertit, qui nous transforme, qui travaille en nous. Dans le Carême, nous laissons à Dieu les manettes de nos vies. Exposons-nous à sa présence, à sa lumière, à son action. Laissons-nous conduire par son Esprit.

Alors, oui, prenons du temps pour Dieu, pour la prière, pour la méditation de l’Écriture, pour nous poser devant Dieu et avec Dieu. Donnons du temps à Dieu. Dans le trop-plein de nos vies, faisons du vide, dégageons un peu d’espace pour Dieu. Nous ne le regretterons pas. Dieu nous fera respirer autrement. Il nous donnera souffle et tonus.

  1. Mais si le désert est le lieu de l’intimité avec Dieu, il est aussi le lieu de la tentation, pas de petites tentations annexes mais de la tentation fondamentale, celle qui touche la foi et la confiance en Dieu, en un mot notre relation à Dieu.

Dans le désert, le peuple est tenté. Quand tout va bien la foi paraît plus facile. Mais, devant la difficulté et le danger, les Israélites pensent que Dieu les a abandonnés et qu’ils ont eu tort de lui faire confiance. Le peuple murmure contre Dieu. Il se demande si le Dieu de Moïse n’est pas un mirage, un rêve, une illusion. Plus tard, quand le peuple sera installé sur la terre promise et qu’il aura accumulé les richesses, il sera tenté d’aller vers d’autres dieux que le grand Dieu d’Israël, vers d’autres divinités qui semblent plus prometteuses, plus payantes, les divinités de la fécondité, tous ces petits « baals » locaux, qui semblaient tellement plus attirants. Israël oubliera Dieu.

Jésus, lui, qui a pris notre humanité, a voulu, lui aussi, passer par cette expérience de la tentation. va être tenté de ne pas suivre la voie de l’amour humble, vulnérable, respectueux de la liberté de l’autre pour utiliser les moyens de puissance et de prestige, de manipulation des esprits pour sauver les hommes, même sans eux. La tentation de Jésus est de se servir lui-même au lieu de servir le Père, dans son dessein de salut des hommes. Et le diable est très fin, il se sert de l’Écriture. Ce qu’il propose, c’est « pour la bonne cause » dit-il. Lui qui a refusé de servir, il propose à Jésus de ne pas servir le Père dans son dessein de salut des hommes mais de se servir lui-même, en devenant le roi de tous les royaumes du monde. Il lui suffit de se prosterner devant le Tentateur. Jésus refuse. Là où le peuple a cédé à la tentation, Jésus, lui, va résister et être victorieux du Tentateur. Il est le Fils bien-aimé du Père, celui dont « la nourriture est de faire la volonté de Celui qui l’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jn 4, 34).

Le temps du Carême est le bon moment où nous pouvons faire le point dans notre vie, ce qu’on appelle faire une révision de vie ou une relecture de notre propre vie. C’est le moment de vérifier nos choix et  la façon dont nous les mettons en pratique. Il y a deux passages de l’Écriture, où nous sommes invités à vérifier nos choix de vie : le livre du Deutéronome et l’épître de Saint Paul aux Galates.

  • Rappelons-nous que Dieu, dans le Deutéronome, met son peuple devant un choix décisif : «J’en prends à témoin contre vous le ciel et la terre : c’est la vie et la mort que j’ai placées devant toi, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin de vivre, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix et en t’attachant à lui» (Dt. 30, 19-20). « Choisis la vie », nous dit le Seigneur. Le Carême nous invite à revisiter nos choix de vie. Cette invitation à choisir est faite, non pour nous brimer mais au contraire pour nous libérer, pour nous donner une plus grande liberté, pour nous faire vivre de l’Esprit.
  • Saint Paul nous rappelle dans l’épître aux Galates qu’il y a deux logiques de vie : une vie selon la chair et une vie selon l’Esprit. Ne nous trompons pas de sens quand nous parlons de la « chair » chez Saint Paul, il ne s’agit pas du corps, encore moins du sexe, mais de l’homme tout entier en tant qu’il est autocentré, ne s’intéressant qu’à soi et ne vivant la relation aux autres que dans une relation d’utilisation ou de combat. Je me sers des autres ou je les combats.

Dans la vie selon la chair notre moi occupe alors toute la place. Il est à la source des différentes passions qui peuvent nous habiter. Saint Paul les évoque ainsi : « On les connaît les œuvres de la chair : libertinage, impureté, débauche, idolâtrie, magie, haines, discorde, jalousie, emportements, rivalités, dissensions, factions, envie, beuverie, ripailles et autres choses semblables » (Gal. 5, 19-21). Ces choses-là nous attirent. Elles sont ces tentations du vieil homme qui n’est pas complètement mort en nous. Luther disait : « Le baptême a voulu noyer le vieil homme, mais le salaud, il savait nager ! ». Cette propension au péché, la tradition théologique l’appelle « la concupiscence » et le curé d’Ars, dans une boutade, disait qu’elle mourrait un quart d’heure après nous, tant elle reste souvent vivace dans nos vies.

A cette vie selon la chair, saint Paul oppose la vie selon l’Esprit. C’est celle de l’homme qui se laisse habiter par l’Esprit de Dieu, qui se décentre de lui-même pour vivre une relation pacifiée, accueillante et hospitalière à Dieu, aux autres, à soi-même, à la nature. Saint Paul écrit : « Mais voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi » (Gal. 5, 22-23). Tout l’enjeu du Carême est de résister aux tentations de la chair pour vivre pleinement notre vie baptismale comme vie dans l’Esprit. C’est pourquoi saint Paul conclut : « Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi sous l’impulsion de l’Esprit » (Gal. 5, 25).

A la suite du Deutéronome et de saint Paul, nous pouvons nous demander : quels sont mes choix ? Quelle est ma logique de vie ? Le temps du Carême doit être habité par ces interrogations : est-ce que Dieu a vraiment dans ma vie la première place ? Quelles sont mes idoles pratiques ? Quelles sont mes addictions, ces habitudes qui font que nous ne sommes pas vraiment libres, libres pour aimer, pour nous mettre au service des autres ? Qu’est-ce qui m’habite ? Qu’est-ce que je veux faire de ma vie ? Le Carême, c’est ce temps où nous pouvons nous tourner en toute vérité vers le Seigneur et lui dire : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? ».

Lors du Carême, quand nous voulons faire la vérité de nos vies et nous mettre à la recherche de la volonté du Seigneur, nous découvrons qu’il y a au cœur de la vie spirituelle un combat contre le mal, contre le Malin, contre le Tentateur. Dans l’épître aux Éphésiens, saint Paul invitera les chrétiens à revêtir « l’armure de Dieu pour être en état de tenir face aux manœuvres du diable » (Eph. 6, 11). Dans ce combat, nous ne sommes pas seuls, livrés à nos seules forces. Le Christ est avec nous et nous fait participer à sa victoire contre le mal et le Malin. C’est toujours avec le Christ que nous allons au désert. C’est avec le Christ que nous participons à ce « voyage spirituel » qu’est le Carême.

  • L’aide au voyage : la prière, le jeûne et le partage

 careme

Pour ce travail de conversion, de révision de vie et de choix spirituel, la tradition de l’Église a privilégié trois pratiques : la prière, le jeûne et l’aumône  (ou le partage). Le Christ y fait référence dans le sermon sur la montagne (Mt, chapitre 6). Mais il décrit des pratiques qui avaient fait leurs preuves dans la vie spirituelle du peuple d’Israël, des pratiques que l’on retrouve aussi dans d’autres traditions religieuses. Certes, il faut peut-être un peu dépoussiérer ces notions de prière, de jeûne et d’aumône, mais il est important de les redécouvrir car il y a là une expérience spirituelle fondamentale de l’humanité qui mérite d’être vraiment prise en compte.

  1. La prière

 

-Tout d’abord la prière. Prier, ce n’est pas multiplier des formules de prière, c’est prendre du temps pour se retrouver devant Dieu, pour se décentrer de soi, se laisser regarder et aimer par le Seigneur. Sachons faire du vide dans nos vies, arrêtons-nous pour nous mettre à l’écoute du Seigneur, méditer et goûter sa Parole, nous nourrir de son Évangile. -Nos vies sont-elles suffisamment éclairées et dynamisées par la lecture de l’Écriture. Le Christ nous y attend. Saint Jérôme disait : « Ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ ». --Allons-nous à la messe un peu par devoir, comme on va rendre visite à un vieux parent un peu ennuyeux ou bien allons-nous avec joie à ces rendez-vous du Seigneur dans la célébration de l’eucharistie et celle du sacrement de pénitence.

-Oui, le Carême est un temps de joie, un temps de retrouvailles avec le Seigneur, où nous expérimentons sa proximité et sa tendresse. Le Seigneur est proche de ceux qui l’invoquent, nous disent les psaumes Dans son Message de Carême pour cette année, le pape François écrit: « L’expérience de la miséricorde n’est possible que dans un « face à face » avec le Seigneur crucifié et ressuscité « qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (Ga 2, 20). Un dialogue cœur à cœur, d’ami à ami. C’est pourquoi la prière est si importante en ce temps de Carême » (n° 2). Ne ratons pas ces rendez-vous de la prière.

  1. Le jeûne

 

On le redécouvre aujourd’hui dans notre société, et pas simplement sous la forme de régimes ! Il ne faudrait pas que les chrétiens qui l’avaient dans leur tradition spirituelle soient les derniers à le revisiter. Le jeûne touche en nous l’avidité, la volonté de combler un manque. Il y a un appétit qui pousse vers le « toujours plus ». Il peut y avoir des addictions à la nourriture, à l’alcool, au tabac, au sexe ou à la drogue, aux jeux vidéo, à l’internet, à notre téléphone portable, au jugement des autres (ce qu’ils pensent de moi, l’image de moi qu’ils me renvoient). Prendre des distances vis-à-vis de tout cela permet de libérer un espace en nous pour être disponible à Dieu ou aux autres. Nous grandissons ainsi en liberté. On apprend à dire « non » pour mieux pouvoir dire « oui ». Nous avons à apprendre une sobriété heureuse. Le pape François en parle dans son encyclique Laudato Si. Dans son message de Carême 2019, il écrit : « Jeûner, c’est-à-dire apprendre à changer d’attitude à l’égard des autres et des créatures: de la tentation de tout “dévorer” pour assouvir notre cupidité, à la capacité de souffrir par amour, laquelle est capable de combler le vide de notre cœur ». Notre mode de vie, notre régime alimentaire a une dimension sociale et écologique. Cela est aussi aujourd’hui une composante du jeûne.

Puis-je suggérer aussi une autre forme du jeûne : le jeûne de la bienveillance ? Acceptons pour grandir dans l’amour bienveillant de nous abstenir de paroles blessantes, de jugements négatifs, de propos qui stigmatisent plus qu’ils ne conduisent au rapprochement des esprits et des cœurs (Pourquoi dire telle parole ? Que sert-elle ? Est-elle vraiment utile ? le Seigneur ne dit-il pas dans l’Évangile : « Or, je vous le dis : les hommes rendront compte au jour du jugement de toute parole inutile qu’ils auront proférée » (Mt 12, 36)).

 

  1. L’aumône ou le partage

 

L’aumône. Nous l’appellerions aujourd’hui le partage, car il ne s’agit moins de donner une pièce de monnaie à un nécessiteux que de voir comment la dimension du partage fraternel, qui est au cœur de la vie chrétienne, est présente au cœur même de notre propre vie. Le pape François écrivait : « Le partage dans la charité rend l’homme plus humain, alors que l’accumulation risque de l’abrutir, en l’enfermant dans son propre égoïsme » (Message pour le Carême 2020, n° 4). Partage de notre argent, de notre temps, de notre affection, de notre attention à tous ceux qui attendent quelque chose de nous. Nous courons souvent et nous ne faisons pas attention à ceux avec qui nous vivons, à ceux que nous croisons. Arrête-toi et « Ouvre l’oreille de ton cœur » comme disent les Pères du désert. Cela peut aller d’une visite à quelqu’un à qui cela ferait plaisir jusqu’à la participation à la Campagne contre la faim et pour le développement. N’oublions pas que le partage réjouit le cœur ! Que ce partage nous aide à vivre une véritable pauvreté intérieure.

Certes ce décentrement de nous-même auquel nous invitent la prière, le jeûne et le partage est exigeant et peut , à certains jours, nous paraître rude. Le pape François écrit : « N’oublions pas que la vraie pauvreté fait mal : un dépouillement sans cette dimension pénitentielle ne vaudrait pas grand chose. Je me méfie de l’aumône qui ne coûte rien et ne fait pas mal » (Message du Carême 2014). Reprenant les paroles du pape, on pourrait dire : « Je me méfie d’un Carême qui ne coûterait rien et qui ne ferait pas mal » !

 

 

°

°        °

En terminant, je voudrais vous donner trois conseils pour bien entrer dans ce Carême :

  • Se mettre en route dès maintenant sans renvoyer notre démarche à demain. Saint Paul écrit dans la deuxième épître aux Corinthiens : « Au moment favorable, dit Dieu, je t’exauce et au jour du salut, je viens à ton secours» et l’apôtre d’ajouter : « Voici maintenant le moment favorable. Voici maintenant le jour du salut » (2 Cor. 6, 2). On a toujours tendance à remettre à plus tard la révision de notre vie. La conversion, c’est comme le régime, c’est toujours demain qu’on le commence. Ce qui permet en attendant de s’autoriser un certain nombre de petites satisfactions. Non, c’est aujourd’hui que le Seigneur nous attend. Demandons au Seigneur de nous faire vivre pleinement ce Carême comme un temps de renouveau spirituel, pour aimer davantage Dieu de tout notre cœur et notre prochain comme nous-mêmes.
  • Fixons-nous quelques points d’attention en entrant dans ce Carême. Il s’agit moins de « résolutions » à prendre que de ces espaces que nous décidons d’aménager dans nos vies pour nous rendre plus disponibles à Dieu et à son action, aux autres et à nous-mêmes.
  • Donnons-nous pendant ce Carême quelques rendez-vous d’évaluation de la marche entreprise, pour voir où nous en sommes, pour nous aider à poursuivre la route ou, si besoin, nous mettre de nouveau en route d’un pas plus résolu (Pour nous éviter d’arriver à Pâques avec cette constatation : finalement le Carême s’achève, qu’ai-je donc fait ?).

Profitons du Carême pour souffler. Nous courons tout le temps. Nous n’avons plus de temps pour Dieu, pour les autres, pour nous retrouver nous-même, Cet homme qui court, qui est stressé, la Bible dit qu’il est « à court de souffle », qu’il manque de souffle. On sent, de fait, parfois en soi, une grande fatigue intérieure. Nous pressentons qu’il faudrait passer à autre chose. C’est là que le Carême nous invite à nous brancher sur l’Esprit Avec l’Esprit, vous respirez, vous reprenez souffle, vous créez un espace pour accueillir Dieu et les autres. Oui, l’Esprit nous met au large. En entrant dans le Carême, n’hésitez pas à hisser la voile de votre vie et à capter le vent de l’Esprit. Il vous conduira au grand large de la vie chrétienne. Amen. Bon Carême à tous.

 

                                                                                  + Jean-Pierre RICARD

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